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Énergies renouvelables et électrification : la France passe à la vitesse supérieure

La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a été présentée par le Gouvernement en février 2026. Elle ne se contente plus de fixer des objectifs : elle dessine la trajectoire de l’indépendance énergétique du pays et de la production d’énergies décarbonées. L’occasion de faire le point sur l’essor des énergies renouvelables et l’électrification des usages en France.

Quels étaient les objectifs de la PPE2 en matière d’énergies renouvelables ? 

La précédente programmation (PPE2), publiée en 2020 pour la période 2019-2028, visait 36 % d’énergies renouvelables dans la production d’électricité d’ici 2028, avec des objectifs de capacité installée par filière (fourchette basse et haute). Voici le réalisé à fin 2025 :

* Le gain attendu reposait largement sur l’amélioration du parc existant : environ 60 % de la production d’électricité supplémentaire devait provenir de l’optimisation d’aménagements déjà en service.

Alors que la PPE3 fixe de nouveaux objectifs [voir encadré], quel bilan de la PPE2 peut-on dresser sur le terrain ?

 

Une dynamique portée par les réseaux de distribution

À l’échelle nationale, le parc de production d’électricité renouvelable atteignait une capacité de plus de 84,3 GW à fin 2025(1), contre 76,7 GW un an plus tôt(2). Cette progression est portée principalement par le développement du solaire photovoltaïque et de l’éolien. 

(1) Source : Panorama de l’électricité renouvelable 2025 publié par l’Agence ORE (Opérateur de Réseaux d’Énergie), Enedis, RTE et le Syndicat des énergies renouvelables (SER).

(2) Source : Panorama de l’électricité renouvelable 2024.

Les réseaux électriques jouent un rôle clé dans cette intégration : si le réseau de transport accueille les grandes installations, le réseau public de distribution concentre plus de 90 % des installations d’énergies renouvelables raccordées en France. Ces dernières années, l'essentiel des nouveaux projets d’installations s’est raccordé au réseau de distribution : les capacités installées ont connu une hausse de +101,1 % depuis 2020 pour atteindre un total de 56,9 GW raccordé à fin 2025.

L’éolien poursuit sa progression avec 25,8 GW installés (dont 23,9 GW terrestres), mais reste en dessous des objectifs PPE2. L’hydroélectricité demeure stable avec 25,7 GW de capacité installée.

C’est le solaire qui connaît la progression la plus marquée. Il représente l’essentiel des nouvelles capacités avec, à l’échelle nationale, 30,4 GW installés à fin 2025. Le nombre d’installations raccordées sur le réseau de distribution a très fortement augmenté, avec une croissance de 168% depuis 2020. Cette dynamique a permis d’atteindre dès fin 2023 les objectifs fixés par la PPE2, sous l’effet d’incitations financières et de la hausse des prix de l’énergie en 2022 (qui a suscité de nombreux nouveaux projets).

Source : Enedis Open Data, données du parc raccordé au réseau exploité par Enedis, 2020-2025.

Quels objectifs pour la PPE3 ?

La PPE3 prévoit de développer les énergies renouvelables « de manière réaliste, maîtrisée et compatible avec les territoires ». Les objectifs fixés à l’horizon 2030, en termes de capacité installée, sont les suivants : 

  • 48 GW pour le solaire photovoltaïque
  • 31 GW pour l’éolien terrestre
  • 3,6 GW pour l’éolien en mer
  • 26,3 GW pour l’hydroélectricité

La PPE3 prévoit toutefois des rythmes de déploiement ajustables pour tenir compte de l’évolution de la consommation d’électricité, qui s’est révélée moins dynamique qu’escompté au cours des dernières années.

Des dynamiques territoriales marquées

Le rôle central des communes rurales

Aujourd’hui, 2/3 des énergies renouvelables (EnR) sont produites dans des communes de moins de 2 000 habitants. Cela rejoint la logique territoriale portée par la loi APER de mars 2023, qui donne aux communes un rôle central pour planifier l’implantation des projets d’énergies renouvelables sur leur territoire. [Voir l’analyse de Nicolas Portier]

À l’échelle régionale, l’analyse de la puissance des énergies renouvelables raccordées traduit deux réalités qui coexistent :

  • la montée en puissance du photovoltaïque, particulièrement marquée dans le sud et le sud-ouest de la France ;
  • un parc éolien historiquement développé dans le nord et l’est qui continue de croître mais de manière plus modérée.

Source : Enedis, données 2025 de puissance EnR raccordée au réseau public de distribution opéré par Enedis, par région et par filière.

Une croissance tirée par le photovoltaïque

Les raccordements de 2025 confirment que le photovoltaïque progresse désormais partout, même dans les régions dominées par l’éolien. Dans le Grand Est, il représente 82 % des raccordements réalisés en 2025. Dans les Hauts-de-France, cette part atteint 50 %.

Vers une « grande électrification » de la France

La progression des énergies renouvelables programmée dans la PPE3 va nécessairement de pair avec une électrification des usages dans l’industrie, la mobilité, les bâtiments et la production de chaleur. Cette stratégie vise à réduire la dépendance de la France à l’égard des énergies fossiles importées (pétrole et gaz). L'objectif est de faire passer la part des énergies décarbonées dans la consommation finale d'énergie de 40 % aujourd'hui à 60 % en 2030. Cette dynamique est déjà engagée. 

  • Mobilité électrique : Fin 2025, 2,53 millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables étaient en circulation (+25 % en un an). Le territoire compte désormais 2,84 millions de points de recharge(1).
  • Chauffage résidentiel : L’électricité chauffait déjà 34 % des logements urbains en 2022. Cette tendance devrait s’accentuer : la part des logements chauffés à l’électricité pourrait passer de 42 % fin 2024 à 58 % en 2035, grâce au déploiement des pompes à chaleur(2).

(1)  https://observatoire.enedis.fr/focus-consommation-electricite?tabs=tab-3

(2) https://observatoire.enedis.fr/focus-consommation-electricite?tabs=tab-2&charts=section-2-section-dataviz-5

3 questions à

Nicolas Portier
consultant indépendant et professeur affilié à l’École urbaine de Sciences Po

Quel regard portez-vous sur les démarches de planification énergétique à l’échelle des territoires ?

Les deux nouveautés marquantes ont été à mes yeux la création du secrétariat général à la planification écologique (SGPE) et le lancement des COP régionales qui ont apporté aux stratégies de transition une dimension territoriale plus structurée. Nous sommes encore en phase d’apprentissage collectif, avec une relative instabilité des choix publics nationaux, mais les conclusions du programme d’étude que j’ai conduit sur la nouvelle planification restent globalement positives. Nous disposons de feuilles de route régionales beaucoup plus claires et chiffrées sur les leviers à actionner et nos priorités d’investissement public. Les collectivités ont globalement joué le jeu de la territorialisation et alignent leurs efforts. Les pièces du puzzle s’assemblent peu à peu.

Quelles sont les modalités prévues pour la mise en œuvre de la PPE3 ? Quelles sont vos recommandations ?

Adoptée avec un certain retard, la PPE3 est censée se décliner à travers des volets régionalisés, qui fixeront des trajectoires pour déployer les nouvelles installations de production et adapter le réseau électrique. Il faudra notamment vérifier si les zones d’accélération des énergies renouvelables (ZAEnR) proposées par les communes et les intercommunalités sont cohérentes avec les objectifs de la PPE3, et si elles permettent d’accueillir suffisamment de projets. Entre objectifs nationaux, planification régionale et zonage local, la déclinaison territoriale de la planification énergétique repose sur un cadre a priori cohérent. Reste à le faire fonctionner concrètement, en avançant de façon ordonnée pour choisir les bons lieux d’implantation, adapter le réseau et mieux synchroniser les nouvelles capacités de production avec l’évolution de la demande électrique. L’objectif est d’éviter les déséquilibres : trop de production à certains moments, pas assez de débouchés, ou à l’inverse des tensions sur le réseau. Cela suppose de mieux piloter cette production plus variable, mais surtout d’investir massivement dans les capacités de stockage.

L’électrification des usages est en marche, quels en sont les moteurs ? 

L’électrification des usages est certes en marche mais son pas est trop lent. Il faudrait qu’elle change de cadence, ce qui renvoie aux soutiens à apporter à l’électrification des mobilités, des procédés industriels, des bâtiments. Il faut monter en puissance tout en restant sélectif sur les leviers prioritaires. La planification doit être territorialisée mais aussi temporelle, en déployant les chantiers de manière graduelle. Les soutiens publics doivent être ciblés sur des actions à fort retour sur investissement des solutions technologiques matures. La progression des ventes de véhicules électriques, les conversions des modes de chauffage (pompes à chaleur notamment) et l’électrification de sites industriels très émissifs sont naturellement les moteurs qui me semblent prépondérants. J’espère que ce plan permettra d’accélérer l’électrification des usages, en cohérence avec le développement de la production électrique, au service d’un objectif clair : décarboner nos consommations et réduire notre dépendance aux énergies fossiles.

Un réseau agile et adapté

L’augmentation des raccordements d’énergies renouvelables, comme celle des raccordements des usages électriques, exige des travaux de développement, de renforcement et d’optimisation du réseau. En 2025, Enedis a réalisé un raccordement ou mise en service toutes les 54 secondes et raccordé 6,6 GW d'EnR.

À cet égard, la réforme des heures creuses de novembre 2025 constitue un levier de flexibilité. En adaptant les plages horaires aux caractéristiques locales, cette réforme aide à déplacer une partie de la consommation vers les moments où la production renouvelable, notamment solaire, est la plus abondante.

Comment se situe la France par rapport aux pays européens ? Un podium contrasté 

Au sein de l’Union européenne, la France est le 5e pays ayant le mix énergétique le plus décarboné, juste derrière la Suède, la Lituanie, le Luxembourg et la Finlande. Ce positionnement reflète en grande partie la part du nucléaire et, dans une moindre mesure, celle des énergies renouvelables(1)

Sur les seules énergies renouvelables, la France se situait au 14e rang en 2024, avec un peu plus de 20 % de sa consommation finale brute d’énergie issue de sources renouvelables (contre 62,8 % pour la Suède)(2).

Elle grimpe à la 11e place pour l’usage des énergies renouvelables dans les transports, avec un peu plus de 10 % des énergies renouvelables utilisées pour la mobilité, et à la 10e pour le chauffage et le refroidissement (environ 30 % d’énergies renouvelables utilisées)(3).

De plus en plus de pays européens(4) connaissent des saturations sur le réseau de transport et de distribution (Allemagne, Espagne, Italie Pays Pas…) qui nécessitent des délais importants pour les nouveaux raccordements d’EnR. 

En France, environ 10% du territoire est identifié en zone sous contrainte électrique sur l’injection, notamment dans les départements du Cher, de l’Indre, du Lot et Garonne, de la Nièvre ou de l’Aveyron.

(1) Source : https://observatoire.enedis.fr/production

(2) (3) Source : https://ec.europa.eu/eurostat  

(4) Source : Crossed wires: Grid capacity could block EU energy security