Électrification de la mobilité, développement du photovoltaïque ou encore relance du nucléaire… La transition écologique va avoir un impact sur nos habitudes de consommation. Pour anticiper ces évolutions et penser le réseau de distribution d’électricité de demain, Enedis a mené, début 2024, une analyse prospective des prévisions de consommation d’électricité à horizon 2035-2050.
Cette étude a été réalisée sur la base des éléments suivants disponibles au moment de la réalisation de l’analyse : les études prospectives du Secrétariat général à la Planification écologique, le bilan prévisionnel 2023 et les Futurs Energétiques 2050 de RTE (réseau de transport d’électricité), ainsi que les hypothèses de référence en matière de prospective, comme l’évolution de la démographie ou du Produit Intérieur Brut. À partir de ces éléments, Enedis a élaboré trois scénarios (bas, central et haut) donnant lieu à trois projections de l’évolution de la consommation électrique : les trois scénarios font état d’une hausse de la consommation électrique à moyen et long terme. Encadrer le scénario central par un scénario haut et un scénario bas permet d’envisager des situations macroéconomiques différentes.
Les chiffres présentés dans cet article sont issus des projections du scénario central.
À retenir : les principales conclusions de l’analyse prospective d’Enedis
Avec les éléments connus début 2024*, la consommation d’électricité au périmètre géré par Enedis pourrait augmenter d’environ 1% par an d’ici 2035, une hausse principalement liée au développement des mobilités électriques et, dans une moindre mesure, à l’industrie.
En parallèle, la croissance des usages électriques dans les secteurs résidentiel et tertiaire pourrait être en partie compensée par l’efficacité énergétique.
*Les nouvelles trajectoires de la PPE3 et de la SNBC 2025 n’étant pas disponibles lors de la réalisation de cet exercice, elles n’ont donc pas été prises en compte.
Une consommation d’électricité qui va augmenter…
80% de la consommation électrique française est acheminée par Enedis : cela représente environ 95% de la consommation résidentielle, 90% de celle du tertiaire et 50% pour la consommation du secteur industriel. L’étude réalisée par Enedis sur le périmètre du réseau qu’elle exploite démontre que la consommation d’électricité pourrait connaître une augmentation d’environ 15% entre 2023 et 2035, pour s’établir au total à 420 TWh, soit une croissance d’un peu moins de 1% par an. Cette hausse globale de la consommation au périmètre d’Enedis résulte de dynamiques contrastées sur les différents secteurs (transport, résidentiel, tertiaire, industrie).
Évolution de la consommation au périmètre d’Enedis entre 2019 et 2050
Évolution de la consommation par secteur entre 2019 et 2050
Le transport…
Le secteur des transports considéré dans l’analyse menée par Enedis couvre les transports routiers, maritimes et ferroviaires. Du fait du développement important de la mobilité électrique, ce secteur constitue l’inducteur principal de l’augmentation de la consommation d’électricité à horizon 2035 et 2050, et ce, quel que soit le scénario envisagé.
La mobilité électrique en plein essor
La France devrait compter à fin 2035 près de 18,7 millions de véhicules particuliers et utilitaires électriques, soit 47 % du parc total. À titre de comparaison, à fin 2024, le nombre de véhicules électriques en circulation était de 2,1 millions*.
Évolution du nombre de véhicules électriques
L’électrification du secteur de l’automobile et des poids lourds entraîne un besoin croissant en électricité pour recharger ces véhicules :
- Hausse de la consommation de 39 TWh à horizon 2035 pour la recharge des véhicules particuliers et les véhicules utilitaires légers… soit le même ordre de grandeur que la consommation de la région Hauts-de-France en 2022 (41 TWh), tous secteurs confondus. Cette hausse est estimée à 61 TWh en 2050.
- Hausse de la consommation de 14 TWh à l’horizon 2035 pour recharger les poids lourds (consommation quasi nulle aujourd'hui) et 23 TWh en 2050.
Si la consommation d'électricité liée à l’électrification des moyens de transport routier augmente, on observe en parallèle une diminution de la consommation d’énergie totale (énergies fossiles comprises) utilisée par ces véhicules. Cette dernière devrait être divisée par près de 2 en 2035, et par 4 en 2050. Cela s'explique à la fois par la baisse du trafic routier du fait du report modal** (baisse de 11 % de part modale de la voiture des véhicules attendue entre 2019 et 2035) et du covoiturage, et par les gains d’efficacité énergétique des véhicules électriques.
*Les chiffres indiqués portent sur les véhicules particuliers et les véhicules utilitaires légers 100 % électriques et hybrides rechargeables.
**Le report modal désigne le report du trafic de passagers ou de fret d’un mode de transport, généralement la route, vers un autre mode plus respectueux de l’environnement (Source : Report modal | FranceTerme | Culture).
Le résidentiel…
Chaud/froid : plus de pompes à chaleur et de climatiseurs
L’augmentation de la part du chauffage électrique, dont les pompes à chaleur, est un facteur important de hausse de la consommation d’électricité du secteur résidentiel. 58 % des logements pourraient être chauffés grâce à des équipements électriques en 2035 (contre 37 % actuellement). Cela représenterait une hausse de l’ordre de 8 TWh à cet horizon.
L’augmentation des températures liée au changement climatique devrait entraîner un recours plus important à la climatisation. Cela pourrait constituer une hausse de la consommation d’électricité de l’ordre de 4 TWh, cette hausse sera fortement dépendante de la température de consigne du thermostat et du nombre de pièces climatisées. L’usage de la climatisation varie également selon la localisation géographique, avec un développement plus important en Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur que dans le reste de l’hexagone.
Au global, l'électrification de la production de chaleur et de froid dans le résidentiel pourrait représenter une augmentation de consommation de 13 TWh.
Une meilleure maîtrise de la consommation des logements
Si on observe une électrification des usages dans le résidentiel, certains facteurs conduisent néanmoins à une baisse de la consommation. Au global, la consommation d’électricité du secteur résidentiel pourrait diminuer, principalement en raison de la rénovation des bâtiments, de la sobriété des ménages et des gains d’efficacité des pompes à chaleur. Ces facteurs de réduction l'emportent sur ceux susceptibles d'entraîner une hausse, comme le remplacement progressif des chauffages au fioul ou au gaz par des pompes à chaleur et l'extension de la climatisation.
Sur la période 2019-2035, on pourrait donc observer une baisse globale de la consommation dans le secteur résidentiel de 11 TWh, puis une baisse supplémentaire de 16 TWh entre 2035 et 2050.
Evolution de la consommation sur le secteur résidentiel
Le tertiaire…
Dans le secteur tertiaire, une meilleure maîtrise de la consommation énergétique, soutenue par la législation, devrait permettre de limiter l’augmentation de la consommation. En effet, le décret tertiaire* entré en vigueur le 1er octobre 2019, impose la réduction des consommations énergétiques des bâtiments tertiaires afin d’économiser 60% d’énergie finale en 2050. Le décret BACS**, entré en vigueur en 2020 notamment pour atteindre l’objectif fixé par le décret tertiaire, impose l’installation, d’ici 2027, de systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments. Cette meilleure maîtrise de la consommation pourrait conduire à une baisse de 28 TWh d’ici à 2050.
Développement des data centers
Cette baisse de consommation électrique dans les bâtiments tertiaires est en partie compensée par le développement important des data centers. Ces derniers pourraient être à l’origine d’une hausse de la demande de l’ordre de 20 TWh à horizon 2035 au périmètre d’Enedis. Certaines incertitudes demeurent actuellement, par exemple sur le niveau de puissance, selon lequel le raccordement du data center s’effectue sur le réseau de distribution d’électricité ou sur le réseau de transport d’électricité. La projection de la consommation des data centers sera précisée à l’avenir.
Au global, en prenant en compte la consommation des data centers, la consommation du secteur tertiaire pourrait donc rester stable à horizon 2050, autour de 123 TWh de consommation sur le réseau géré par Enedis.
Évolution de la consommation du secteur tertiaire au périmètre d’Enedis avec et sans data centers
*Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 relatif aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire - Légifrance
**Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 relatif au système d'automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels et à la régulation automatique de la chaleur - Légifrance. BACS: Building Automation and Control System.
L’industrie…
Électrification des processus industriels
Alors que la consommation électrique du secteur industriel est en baisse depuis 20 ans en France, deux mouvements conjoints pourraient conduire à une augmentation. Le premier est une électrification des procédés industriels, liée à la nécessaire décarbonation du secteur, et le second une reprise de certaines activités sur le territoire national, du fait d’une dynamique de réindustrialisation.
D’ici à 2035, l’ensemble de ces évolutions pourrait conduire à 7 TWh de consommation électrique supplémentaire sur le réseau géré par Enedis. Cette hausse se poursuivrait pour retrouver en 2050 un niveau comparable à celui de 2007, aux alentours de 67 TWh de consommation électrique.
...et du côté de la production d’énergie renouvelable ?
Parallèlement à cette hausse de la consommation d’électricité sur le réseau géré par Enedis, la production électrique va elle aussi augmenter, et devenir de plus en plus décentralisée avec le raccordement d’un nombre croissant d’installations de production d’énergie renouvelable sur le réseau de distribution d’électricité. La part de la production d’électricité transitant sur / ou raccordée au réseau géré par Enedis pourrait ainsi passer d’environ 10 % en 2022 à environ 25 % en 2035.
En termes de capacité de production, cela se traduirait, avec les tendances actuelles, par un rythme moyen de 5 à 6 GW supplémentaires raccordés chaque année au réseau Enedis. Cette hausse serait portée principalement par la filière photovoltaïque, et en particulier par les grandes installations photovoltaïques au sol.
3 questions à
Pourquoi avoir lancé cette étude prospective ?
Alors que l’urgence climatique se fait chaque année davantage ressentir, l’enjeu énergétique est aujourd’hui central à la réussite de la transition écologique. Les usages de l’électricité vont se développer et le mix énergétique doit être aussi décarboné que possible. Le réseau électrique va aussi s’adapter : il fait partie de la solution ! C’est pourquoi Enedis, en tant qu’entreprise de service public et gestionnaire du réseau de distribution d’électricité, apporte sa vision prospective. A quoi pourrait ressembler le réseau dans 10, 20, 30 ans ? Quels sont les enjeux qui nous attendent, et pour lesquels nous devons nous préparer dès à présent ? Telles sont les questions auxquelles nous avons besoin de répondre, pour la vision stratégique d’Enedis mais aussi pour un meilleur échange avec les élus dans les territoires et les autres parties prenantes concernées.
Enedis avait déjà publié des éléments de prospective en 2021 et une mise à jour s’avérait nécessaire pour prendre en compte un certain nombre de facteurs d’évolution.
Comment l’avez-vous conduite ?
Enedis a travaillé avec des acteurs du CURDE (Comité des Utilisateurs du Réseau de Distribution Electrique) dans un groupe de travail spécifique incluant également des acteurs de la filière du bâtiment et des fédérations d’industries…
Le scénario central est construit à partir des hypothèses de développement des usages telles qu’étudiées pour préparer la politique nationale de l’énergie, notamment en provenance du Secrétariat général à la planification écologique, et de RTE (Réseau de Transport d’Electricité).
Enedis a ensuite construit deux scenarios pour l’encadrer : un scenario bas, avec un contexte économique dégradé et un scenario haut, avec une situation économique favorable mais une efficacité énergétique réduite.
Enfin, la modélisation développée en interne à l’entreprise permet une déclinaison locale, à l’échelle du réseau de distribution dans les territoires. Celle-ci permet de décrire la progression des usages de l’électricité et de la production solaire et éolienne, ainsi que les flux infra-journaliers d’électricité sur le réseau.
Et après ? D’autres études sont-elles prévues ? Des approfondissements ?
À court terme, nous allons établir la déclinaison sur l’ensemble des régions. Puis, les travaux se poursuivront en fonction des besoins à des échelles territoriales plus fines. Il s’agit également d’intégrer petit à petit les connaissances nouvelles sur les data centers, ou le stockage. Deux sujets qui présentent encore de larges incertitudes.
L’avenir énergétique se prépare dès à présent, et chaque territoire a un rôle à jouer dans la transition écologique. Où en est le vôtre aujourd’hui ? Découvrez-le en chiffres grâce au module de recherche !
Cet article a été mis à jour le 11/07/2025.