Dans la nuit du 25 au 26 octobre 2025, la France est passée à l’heure d’hiver. Instauré en 1976 après le deuxième choc pétrolier, ce dispositif national visait à générer des économies d’énergie. Cinquante ans plus tard, alors que la question énergétique reste centrale, la recherche de sobriété se traduit par des leviers de plus en plus variés et délocalisés. Ainsi, un nombre croissant de communes recourent à l’extinction ou à la baisse de puissance de leur éclairage public.
A retenir : En France, la puissance moyenne de l’éclairage public en cœur de nuit a baissé de 50 % entre juillet 2022 et juillet 2025[1]. Dans certains territoires, 80 à 100%[2] des sites pratiquent l’extinction ou la baisse de puissance. Deux collectivités incarnent ces dynamiques avec des stratégies différentes : la Ville de Lyon, qui privilégie la baisse de puissance, et le syndicat Hérault Énergies, qui accompagne les communes dans le choix de solutions adaptées, parmi lesquelles l’extinction. Sylvain Godinot, deuxième adjoint au maire de Lyon, délégué à la Transition écologique et au Patrimoine, et Stéphane Noyer, directeur général des services d’Hérault Énergies, partagent leur expérience.
[1] Source : Observatoire français de la transition écologique
[2] Source : Observatoire français de la transition écologique
Une facture énergétique maîtrisée
La ville de Lyon gère 78 800 points lumineux. Quelle part cela représente-t-il dans sa consommation énergétique ?
Sylvain Godinot : L’éclairage urbain représente environ 10 % de la consommation énergétique de la ville, soit près de 16 GWh consommés en 2024. C’est moitié moins qu’en 2010, où nous étions à 35 GWh. Entre fin 2019 et fin 2024, la baisse a été de 32 %. C’est considérable dans un contexte où le prix de l’électricité a fortement augmenté.
Et pour les communes de l’Hérault, quelle importance prend l’éclairage public dans les factures énergétiques ?
Stéphane Noyer : Selon l’Ademe, l’éclairage public représente à lui seul 37 % de la facture d’électricité totale des collectivités territoriales avec une part d’autant plus importante que la commune est petite. Face à ce constat, nous avons défini une stratégie d’accompagnement des collectivités vers la maîtrise de l’énergie. En 2023, par exemple, en pleine crise des prix de l’énergie, notre accompagnement a permis à une commune de 1 400 habitants de baisser sa facture de 39%. Une autre commune de 23 800 habitants a vu, quant à elle, sa facture diminuer de 30%.
Baisser ou éteindre : deux stratégies différentes
À Lyon, 6 arrondissements sur 9 pratiquent aujourd’hui la baisse de puissance à certaines heures de la nuit. Pourquoi ce choix ?
Sylvain Godinot : Nous avons réduit de moitié l’intensité lumineuse dans les quartiers résidentiels après 22 h, en conservant la pleine puissance sur les grands axes. Pour des raisons de sécurité, ce dispositif est couplé à des détecteurs de véhicules : lorsqu’une voiture passe, l’éclairage revient automatiquement à son intensité normale afin d’éviter tout risque de collision avec un piéton. L’extinction ne concerne que certains sites ciblés, notamment les monuments. Pendant la crise sanitaire et depuis la crise énergétique de 2022, nous avons par exemple mis en place l’extinction des illuminations de Noël en début de semaine en les rallumant le week-end. Cela a permis de diviser par six ce poste de consommation.
Dans l’Hérault, le nombre de communes pratiquant l’extinction totale en cœur de nuit est passé de 8 en 2015 à près de 266 en 2025. Comment expliquez-vous cette progression fulgurante ?
Stéphane Noyer : Plusieurs facteurs y ont contribué : l’augmentation brutale du prix de l’électricité, et la volonté continue des communes de réduire leurs charges. L’arrière-pays a basculé plus facilement vers l’extinction. Sur le littoral, où la navigation dans les ports nécessite un minimum d’éclairage, ainsi que dans les grands centres urbains touristiques, nous avons plutôt accompagné des démarches de réduction. L’important est d’adapter la réponse aux réalités locales.
Des résultats concrets
Quels résultats avez-vous obtenus grâce à ces choix ?
Sylvain Godinot : Depuis 2010, la rénovation en LED avec la baisse de puissance dans les quartiers adaptés ont permis de réduire de plus de 50 % la consommation d’électricité, malgré une augmentation de 16 % du nombre de points lumineux.
Stéphane Noyer : Les communes qui pratiquent l’extinction constatent environ 35 % de baisse de consommation. Avec la rénovation en LED, on obtient 35 à 40 % de baisse supplémentaire. Chaque LED consomme en effet environ quatre fois moins d’électricité que les anciennes lampes.
Une démarche ancrée sur le terrain
La ville de Lyon a également testé l’extinction de nuit dans les rues durant l’hiver 2022-2023. Quelles leçons en tirez-vous ?
Sylvain Godinot : Cette expérimentation, menée de novembre à janvier, nous a permis d’identifier les optimisations à mettre en place. Nous travaillons désormais à la mise en place d’une télégestion rue par rue, pour un pilotage plus fin et performant.
Dans l’Hérault, certaines communes sont revenues en arrière après cette expérimentation. Quelles conclusions en tirez-vous ?
Stéphane Noyer : Trois communes ont décidé de rallumer après avoir rénové leurs parcs d’éclairage public en LED. Cela montre que chaque territoire doit trouver son équilibre. Notre rôle est d’accompagner les collectivités dans leurs choix, sans jamais les contraindre. Notre recommandation est d’ailleurs de commencer par un test de 6 mois à 1 an avant de prendre une décision pérenne.
Et demain ?
Quelles sont vos priorités pour les prochaines années ?
Sylvain Godinot : La moitié de notre parc doit encore être équipé en LED. Nous allons poursuivre cette modernisation et renforcer le pilotage de l’éclairage à l’échelle de la rue. L’objectif est simple : éclairer avec la meilleure technologie, et uniquement au bon endroit et au bon moment.
Stéphane Noyer : Environ 60 communes de notre périmètre ne pratiquent pas l’extinction. Hérault Énergies se tient prêt à les accompagner dans le choix d’une stratégie sur mesure, adaptée à leurs attentes et à leurs contraintes.
Réduire l’éclairage public, un geste pour la biodiversité aussi...
Limiter l’éclairage nocturne ne permet pas seulement de réduire la facture énergétique et la consommation d’énergie. C’est aussi un moyen efficace de lutter contre la pollution lumineuse, qui perturbe de nombreux écosystèmes.
« La réduction de la pollution lumineuse suscite un intérêt croissant, notamment pour préserver la biodiversité », souligne Sylvain Godinot, adjoint au maire de Lyon. La Ville a déjà mis en place des mesures comme l’extinction de l’éclairage dans les parcs et jardins fermés la nuit, ou l’adaptation de l’éclairage le long du Rhône. »
Dans l’Hérault, l’attente des habitants est également forte : « L’extinction favorise la biodiversité nocturne et améliore le cadre de vie. Elle change le rapport à la nuit et au ciel étoilé, tout en contribuant à la transition énergétique », indique Stéphane Noyer, directeur général des services d’Hérault Énergies.