À l’approche des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, la consommation électrique annuelle d’un échantillon de 1 600 stades et installations sportives1, représentatifs des pratiques de la population française, a été étudiée2. Si certains sports consomment plus que d’autres, la bonne nouvelle est que, entre 2018 et 2023, tous ont globalement baissé leur consommation électrique. Explications.
1Aires de sport de glace, bassins de natation, gymnases, équipements d’athlétisme, structure artificielle d’escalade, courts de tennis, terrains de grand jeux, équipements de cyclisme, équipements équestre, terrains ou stades d’extérieur, murs et frontons.
2Source des données utilisées : Accueil — Data ES (sports.gouv.fr) et Enedis.
Consommation électrique du sport : une tendance générale à la baisse
Premier enseignement de l’étude, la consommation électrique médiane des équipements a connu une nette baisse (-19%) entre 2018 et 2023. Dans le détail, on note une première baisse très marquée entre 2019 et 2020, liée à la période Covid, puis une remontée graduelle sur 2021 et 2022 (mais sans retrouver le niveau pré-Covid), avant une nouvelle baisse en 2023 de 5 % environ.
Consommation électrique médiane par année des équipements sportifs, après correction des effets du climat, entre 2018 et 2023
Le Covid a bien sûr joué un rôle majeur, dans un premier temps. « Tout le monde était confiné à la maison, la consommation des sites a donc mécaniquement chuté… Toutefois, peut-être pas autant que l’on aurait pu l’imaginer : on n’enregistre pas tout à fait des baisses à la hauteur du déficit d’utilisation. Il reste un talon de consommation3, sur lequel il faut poursuivre les efforts de réduction » tempère Guillaume Gouze, consultant au Centre de droit et d’économie du sport (CDES), pour lequel il co-dirige le Diplôme Universitaire de Stadium Manager.
Pour ce qui est des baisses de consommation plus durables, à l’échelle de ces cinq dernières années, il pointe d’abord la crise énergétique : « Celle-ci a eu un impact très fort sur les factures d’électricité, incitant les gestionnaires d’infrastructures sportives à faire la chasse au gaspi voire à adapter en profondeur leur politique énergétique. Quitte parfois à changer les habitudes des utilisateurs en baissant par exemple la température de consigne. Certains gestionnaires se sont lancés dans des “Energy Challenges”, des concours de sobriété énergétique qui durent 1 an. Le championnat de France des économies d’énergie pour les infrastructures sportives a permis ainsi une économie moyenne de 19,6% pour les gestionnaires de stades, arénas, hippodromes, centres d’entraînement ayant participé ».
De son côté, Maël Besson, expert en transition écologique du sport, évoque également le rôle joué par le Plan de sobriété énergétique du sport, qui a accompagné ces changements de comportement. « Celui-ci proposait une quarantaine de mesures aux gestionnaires d’infrastructures. L’Association nationale des élus en charge du sport (ANDES) et l’Association des maires de France (AMF) ont fait leurs calculs et arrivent à une économie proche de 12 %. Tout n’est pas forcément imputable à ce seul plan de sobriété, mais il y a fortement contribué et montre que le sport peut être exemplaire » avance-t-il.
3Le talon de consommation correspond aux consommations du site, lorsque celui-ci est en mode veille.
Quels sports consomment le plus ?
Au-delà de la tendance générale, des différences importantes de consommation énergétique existent nativement entre les différentes disciplines, selon les équipements nécessaires à la pratique du sport.
Consommation électrique médiane par année après correction des effets du climat, par famille sportive en 2023
Ainsi, la consommation d'électricité médiane des aires de sports de glace est de 983 MWh, c’est-à-dire que la moitié de ces installations consomme moins de 983 MWh et l’autre moitié consomme plus. Une piscine a une consommation électrique médiane environ 2,5 fois plus faible que celle des patinoires, et une salle de sport type gymnase 17 fois plus faible. Ce différentiel est avant tout lié au fait qu’une patinoire nécessite de produire beaucoup de froid, tandis qu’il faut chauffer l’eau des piscines pour la maintenir à une température acceptable. « Cela dépend évidemment des températures extérieures, en fonction desquelles vous aurez besoin de plus ou moins d’énergie pour cela. » nuance Maël Besson. « Le changement climatique nous oblige à repenser les pratiques sportives et la gestion des équipements sportifs. Avec l’augmentation des températures moyennes, de la fréquence et de l’intensité des épisodes de fortes chaleurs ainsi que la baisse de la disponibilité en eau à certaines périodes, la saisonnalité des pratiques sportives va nécessairement évoluer. Pour des raisons évidentes on ne fait pas de ski en été. Cela sera potentiellement le cas pour les sports sur gazon l’été à cause des sécheresses, des sports comme le trail ou le VTT à cause de la multiplication du risque d’incendie dans les espaces boisés, ou encore des sports d’intérieurs dans des équipements mal isolés. »
Ce constat sur le poste de consommation électrique est le même pour toutes les installations sportives, que pour les patinoires et les piscines. « L’essentiel de la consommation est lié à la production de chaleur ou de froid, donc au chauffage ou à la climatisation, poursuit l’expert. C’est ce qui est le plus énergivore. C’est pour cela que la rénovation thermique est aussi stratégique. Pour rappel plus de 50 % des salles de sport, gymnases etc. ont été construits avant les années 1990 et sont donc assez inadaptés au climat actuel et futur. » Et si l’éclairage n’est, en comparaison, pas un gros poste de dépense, ajoute Maël Besson, il constitue néanmoins un élément important car très visible pour faire changer les mentalités : un stade moins, ou pas, éclairé à l’extérieur, en dehors des événements sportifs, a valeur d’exemple auprès du grand public.
Quels sports ont le plus baissé leur consommation ?
Pour les petits comme pour les gros consommateurs d’électricité, des efforts ont été entrepris pour réduire cette consommation. Les aires de sports de glace ont ainsi connu entre 2022 et 2023 une baisse de leur consommation médiane de l’ordre de 29 %, suivies par les murs et frontons4 (21 %) et les terrains ou stades extérieurs (20 %).
4Pelote basque : il s’agit d’un jeu de balles sur mur.
Top 3 des sports qui ont le plus baissé leur consommation médiane d’électricité entre 2022 et 2023
« Cela peut s’expliquer par des collectivités qui ont décidé d’ouvrir leur patinoire moins longtemps dans l’année, notamment lors des mois les plus chauds, pour réduire leur facture » explique Maël Besson. Pour les piscines, qui voient également leur consommation médiane diminuer de 11 % par rapport à 2018, « En plus de la baisse de température des bassins, la réglementation a évolué pour supprimer l’obligation de vidanger systématiquement les bassins 2 fois par an, hors besoin d’entretien ou problème de qualité de l’eau. Cela permet de ne pas devoir chauffer à chaque fois un nouveau volume d’eau. ».
Du côté des équipements sportifs moins énergivores, comme les terrains ou stades extérieurs, on enregistre également des efforts de sobriété. Ces derniers utilisaient déjà très peu d’électricité en 2018 et ont encore réduit leur consommation médiane de 20 % entre 2022 et 2023. Pour Maël Besson, cela pourrait être lié en particulier à « des vestiaires moins chauffés, qui constituent souvent des passoires énergétiques et dans lesquels on prend aujourd’hui soin de mieux fermer les portes et les fenêtres. »
Reste la composante technique et le pilotage pour accentuer les réductions de consommation. Dominique Gatto, actuellement Directeur Exploitation à l’AS MONACO le rappelle : « Vous avez trois principaux leviers d’actions pour faire baisser la consommation d’énergie. D’un côté, il faut s’appuyer sur l’évolution des comportements humains en faisant preuve de pédagogie pour accompagner la sobriété d’usage. Et de l’autre, il faut mesurer, analyser et comprendre les consommations pour déployer des solutions techniques adaptées. Quelques exemples : rénovation et isolation des bâtiments, déploiement de solutions d’éclairage moins énergivores de type LED, piloter les installations de chauffage et climatisation, etc. Enfin, il ne faut surtout pas négliger le volet maintenance des installations afin de pérenniser les performances énergétiques et ainsi garantir un niveau de rendement optimum ».
La décarbonation des événements sportifs, où en est-on ?
L’alimentation électrique des évènements sportifs, qu’ils se déroulent ou non dans des stades, a aussi un impact environnemental. Il arrive encore fréquemment qu’une grande partie des usages soit raccordée à des groupes électrogènes qui fonctionnent avec des énergies fossiles pendant les compétitions importantes plutôt que sur le réseau électrique, notamment lorsqu’elles sont retransmises à la télévision. Pour ramener les groupes électrogènes à un rôle de secours en s’appuyant sur le réseau électrique, on obtient une économie de 90 % d’émissions de CO2 en France métropolitaine.
Enedis a ainsi mené près de 8 000 opérations de raccordement d’installations au réseau électrique dans le cadre des prochains Jeux Olympiques et Paralympiques, en lien avec les équipes de Paris 2024. Ces Jeux auront une valeur d’exemple : prouver que si la plus grande célébration planétaire peut fonctionner grâce au réseau électrique, alors n’importe quel autre événement sportif ou culturel peut faire de même.